Iwert Bernakiewicz

– Terrain commun, fragments fragiles 2023

Pour Iwert Bernakiewicz, dans l’interaction intense qu’il a avec Watou, tout tourne autour du lien, de l’échange et des fragments fragiles. Fort de son expérience d’architecte, il se plonge d’abord dans l’infrastructure du village et joue avec l’idée d’échanger les voitures de la place du village par les arbres d’un petit bois qu’il a découvert juste en dehors de Watou. Mais il est ensuite tombé sur un épisode particulier de l’histoire de Watou.

Les 27 et 28 mai 1940, les Allemands ont bombardé Watou avant que la Belgique ne capitule le même jour. Les bombes incendiaires ont laissé une plaie béante derrière elles, avec la mort de 10 villageois et de 49 soldats (dont un soldat inconnu). L’occupant a rapidement exigé un cimetière militaire pour enterrer temporairement les soldats et c’est dans la Houtkerkestraat, hors du centre, que l’endroit a été trouvé. Après la guerre, ces soldats ont de nouveau été enterrés au Luxembourg et en France, et le soldat inconnu au cimetière de l’église de Saint-Bavon. En 1957, la parcelle est donnée à ferme et se fond aux prairies qui l’entourent. En 1978, le père de Guido Doolaeghe achète la parcelle dans le but d’agrandir sa société de transport, mais les circonstances ne le permettent finalement pas et il la transforme alors en un lieu de repos. Il y plante une clôture, une haie et des arbres : c’est ainsi que le petit bois prend forme peu à peu, tel un élément étranger dans le paysage, qu’Iwert Bernakiewicz a vite remarqué.

Dans la maison parentale, où l’artiste a installé son intervention sur quasi tout le rez-de-chaussée, Guido Doolaeghe lui montre un autre témoin silencieux : un grand miroir, touché lors du bombardement, qu’on a tout de même conservé tout ce temps au grenier malgré son état endommagé.

Dans le magasin de seconde main de Jerome Derycke, plus loin dans le village, Iwert Bernakiewicz découvre encore plus de fragments fragiles. Des objets qui n’ont en apparence rien à voir les uns avec les autres, mais qui sont disposés de manière systématique, lui font penser au célèbre Atlas mnémosyne d’Aby Warburg, dans lequel ce dernier étudie la survivance de l’Antiquité à son époque.

En s’immergeant dans l’histoire locale et en faisant plus ample connaissance avec plusieurs habitants du village, Iwert Bernakiewicz a le sentiment de partager quelques points communs avec eux. Grâce à une attention particulière pour les éléments fragiles qui croisent son chemin (le petit bois, le miroir et les objets dans le magasin), il a réalisé une installation où se créent des liens subtils dans le temps et dans l’espace. Il entend ainsi rendre visible l’invisible, à savoir ce qui relie les habitants, les artistes et les visiteurs de Watou.

   & Siel Verhanneman  

   – Psoas


Foto: Lars Bernakiewicz

Iwert Bernakiewicz (Genk, 1970) associe la photographie et la sculpture miniature à deux décennies d’expérience dans l’enseignement de l’architecture. Fasciné par la beauté dans l’ordinaire et la fragilité, il défie notre perception et remet en question notre réalité. Sans la vulnérabilité, la beauté ne serait jamais aussi exquise.

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