Joris Vermassen

– Trous – Variations sur un thème 2023

Pour sa contribution au festival dans le cadre de LANDSCAPES | Feel Flanders Fields, Joris Vermassen est parti d’une actualité brûlante. Via les trous qui ont été causés par les bombes dans un paysage de guerre, il établit le lien entre la Première Guerre mondiale et la guerre qui se déroule actuellement en Ukraine. L’artiste observe la mesure dans laquelle les cratères de bombe des deux guerres ne diffèrent pas tellement. Dans les deux cas, ils sont synonymes de violence et de douleur insupportable. Lors de la Première Guerre mondiale, son grand-père était impliqué dans le combat en tant que réserviste. Le 26 avril 1915, il a échappé de justesse à la mort lorsque plusieurs grenades ont explosé dans la rue Veurnestraat à Poperinge.

Tout comme dans plusieurs autres projets, Joris Vermassen transforme le local et le personnel en une histoire universelle. Il a dessiné et peint une série de cratères de bombe et les a mis en relation avec autant d’histoires. Pour cela, il a utilisé des photos de cratères creusés tant lors de la Première Guerre mondiale que durant la guerre en Ukraine. Il utilise l’association de l’image et du texte pour dépasser le caractère anecdotique et local. Les cratères ou les trous se voient ainsi attribués un sens métaphorique plus vaste de perturbation. Dans les dessins, tous réalisés dans les tons bruns, on ne retrouve aucun personnage et le fond est volontairement flou. L’artiste a tiré son inspiration d’une gravure simple réalisée par Otto Dix en 1924, représentant un cratère de bombe avec des fleurs. Là aussi, aucune trace de l’homme.

En utilisant un traitement similaire, l’origine des images est pratiquement invisible et ces dernières montrent à quel point les deux conflits sont semblables. Les trous qu’ils laissent derrière eux sont des cicatrices mentales, métaphores de la douleur existentielle. Dans les histoires qui les accompagnent, Joris Vermassen les traduit en situations dans lesquelles l’homme est justement présent et confronté à toutes sortes de vides ou de blessures.

Le fait d’exposer son projet dans le château De Lovie a une signification symbolique, étant donné que l’endroit était habité par des commandants des armées française et anglaise durant la Première Guerre mondiale. Le calme et le luxe relatifs du domaine sont en forte contradiction avec les conditions inhumaines qui régnaient à Poperinge, où d’innocents citoyens et de simples soldats étaient confrontés à la dure réalité de la guerre. Les dessins et les peintures sont volontairement présentés dans des cadres classiques qui s’accordent avec l’intérieur. L’artiste questionne ainsi tant le paysage romantique que le mythe romantique de la guerre, qui s’est effondré avec la Première Guerre mondiale.

   & Joris Vermassen     

   – Champs Silencieux

1964, BE

Foto: Angélique Savat

Joris Vermassen est un artiste visuel et un auteur de bandes dessinées. Son alter ego Fritz Van den Heuvel a été le pionnier de la comédie flamande. En 2014, il a publié le roman graphique primé Het Zotte Geweld. Pour le magazine d’art HART, il a écrit des chroniques sur l’art, jusqu’à ce qu’un doctorat le conduise lui-même sur la voie des arts visuels en 2016. Dans son livre « Sacred Text, Godless Image : a Tense Relationship », il décrit comment les mots et les images peuvent collaborer de manière fructueuse dans l’art. Aujourd’hui, il traduit ces idées dans son travail, en combinant des histoires et des images dans une variété de médias. Il aime franchir les murs du cube blanc, tisser des éléments locaux et personnels dans une histoire plus large et universelle. Chaque projet est accompagné d’une publication, qui constitue un pendant à part entière de son travail spatial.

Ce site web utilise des cookies. En cliquant sur «Accepter», vous acceptez notre politique de confidentialité.